Ariane

Maintenir le lien social avec les personnes en situation de grande exclusion

Projet de fin d’études - Septembre 2016

Contexte

En France, en 2012, on estime à 97 700 personnes le nombre de sans-abri ou personnes disposant d’un habitat de fortune. C’est l’équivalent de la population de la ville de Roubaix qui, chaque soir, ne sait pas où dormir.

Ces populations exclues sont composées de tous les profils imaginables : homme seul, femme seule, couple sans enfant, couple avec enfant, famille mono-parentale et bien que la majorité des personnes qui vivent dans la rue soit des hommes, il y a de plus en plus de femmes.

Quel que soit le profil des personnes victimes d’exclusion, les causes qui ont fait que ces personnes se retrouvent dans ces situations sont souvent les mêmes : divorce, licenciement, échec scolaire, etc. La majorité des personnes vivant dans la rue ont cumulé ces évènements de vie. De plus, une partie conséquente de ces personnes sont issues de l’immigration.

Au terme de rencontres avec mon réseau d’acteurs et après l’analyse des informations que j’ai recueillies, j’ai établi ma problématique de projet de fin d’études comme étant : comment maintenir le lien avec les personnes en situation de grande exclusion ?

 Ariane est mon projet de fin d’études. Il a été réalisé en totale autonomie sur une période d’an et demi et fait suite à la rédaction de mon mémoire de fin d’études qui a pour sujet “le langage”.

Identification des besoins et enjeux

À l’aide de mon réseau d’acteurs, composé d’une bénévole à la Croix-Rouge, d’une salariée au Samu Social, d’une psychologue en unité d’addictologie et d’un ancien sans-abri, j’ai identifié différents besoins et enjeux associés.

Bien que le problème du logement soit central dans le processus de sortie de rue, j’étais, en tant qu'UX designer issu d'un cursus en design industriel, moins légitime à travailler sur cette question.

J’ai préféré m’appliquer à proposer une solution à deux autres problèmes majeurs : la non-mutualisation des efforts et des démarches des organismes de secours (associations, pompiers, médecins, etc.) et l’absence de suivi (psychologique, médical, administratif, etc.) des sans-abri, en particulier sur le moyen et long terme.

Un service global

J’ai identifié quatre "organismes de secours" qui viennent en aide aux sans-abris régulièrement : les associations, qu’elles soient nationales (Croix-Rouge, Samu Social, etc.) ou locales, les médecins (au sein des foyers d’hébergement par exemple), les pompiers et la police municipale.

Le projet Ariane s’adresse à la fois à ces organismes de secours, par le biais d’une application sur smartphone et également aux sans-abri au travers d’un objet qui leur est distribué lors des maraudes ou au sein des foyers d’hébergements.

Le kit Ariane

Le produit, à destination des sans-abri, prend la forme d’un kit et est distribué gratuitement lors des maraudes et dans les foyers d’hébergements.

Ce temps d’échange permet de bien expliquer le fonctionnement du service et du produit, rassurant ainsi l’usager.

L’inscription au service est gratuite.

Fonctionnement du service

Le sans-abri, lorsqu’il est dans une situation d’urgence, émet une alerte à l’aide de son objet.

En fonction de la nature de l’alerte (urgence médicale, urgence psychologie, problème d’insécurité, etc.), l’alerte est transmise au bon organisme de secours qui l’a reçoit sur son smartphone à travers l’application. Ce dernier prend connaissance de l’alerte (profil du bénéficiaire, lieu et type d’alerte), prend en charge l’urgence et se met en route.

Au même moment, le bénéficiaire reçoit une estimation du temps d’attente et sera averti lorsque les secours seront à proximité.

Le bipeur comme source d'inspiraction

De part sa simplicité technologique et d'usage, le bipeur des années 80/90 a été une forte source d'inspiration. De plus, la rédaction de mon mémoire de fin d'études sur "Le langage" a aussi soulevé des interrogations sur l’usage de l’objet par un sans-abri non francophone et/ou analphabète et sur l’importance de communiquer de manière simple et explicite.

Tester et questionner

Les précieux retours de mon réseau d’acteurs m’ont permis d’identifier des problèmes auxquels je n’avais pas pensé de prime abord.

Par exemple la question de l’alimentation en énergie de l’objet, de la confidentialité des données et celle de l’acceptation du service par les sans-abri.

Conçu pour être économe et être réparé

Le circuit imprimé comporte une carte SIM, une puce GPS (utilisée uniquement lors de l’émission d’une alerte) et un capteur gyroscopique. Un port mini-USB permet à la Croix-Rouge de mettre à jour l’objet, prolongeant ainsi sa durée de vie.

La batterie, une fois chargée, permet à l’usager d’émettre plus ou moins 10 alertes.

Le coût de revient d’un objet est estimé à environ 40 euros pour une fabrication en série de 100 000 objet.

L'application

L’inscription est réservée aux organismes de secours et implique une confidentialité dans les données stockées dans l’application.

L’écran principal est celui des alertes en cours. Il met en avant les alertes émises par les sans-abris en fonction de leur date d’émission ou de l’urgence de la demande.

En sélectionnant une alerte, l’utilisateur accède au détail de celle-ci et prend connaissance de la nature de l’alerte, du lieu d’émission et peut accéder au profil du bénéficiaire.

Chaque alerte émise par un sans-abri est conservée sur son profil. Cela participe au suivi sur le long terme de chaque individu et à la bonne communication entre les organismes de secours.

La seconde vie du projet

J'ai pu défendre mon projet face à des professionnels lors de la soutenance de mon diplôme en septembre 2016. Les précieux retours du jury m'ont permis de faire évoluer le projet, notamment certains choix que j'avais fait initialement. J'ai, par la suite, requestionner la forme de l'objet.