Préambule

En 2015, je commençai un travail de recherche sur le langage.
C’était le thème que j’avais choisi pour mon mémoire de fin d’études et qui allait donner lieu, un an plus tard, à Ariane, mon projet de fin d’études.

Ce travail conclurai mes 5 années d’études à L’École de Design Nantes Atlantique et validerai ma formation Master.

Pendant 6 semaines, tous les lundi, je publierai un chapitre de mon mémoire de fin d’études.

Bonne lecture !


Cet article est également disponible sur Medium https://medium.com/@ThomasReaubourg

Introduction

“On ne peut pas ne pas communiquer”[1].

C’est cette citation de Paul Watzlawick, psychanalyste, auteur et représentant de l’École de Palo Alto, qui est la base de ma réflexion tout au long du mémoire.

Ce premier axiome nous explique que tout ce que l’on dit, ne dit pas, fait ou ne fait pas véhicule un message. Ceci signifie que l’on ne peut pas décider de communiquer ou de ne pas communiquer. La communication est verbale et non verbale, explicite et implicite

La communication se caractérise par la transmission d’information, d’un émetteur à un destinataire. Dès lors que l’on transmet un message, on accepte qu’une partie du message soit perdu car non-perçu, non-compris par le destinataire.

J’en viens à me demander s’il est possible de communiquer un message dans son intégralité, sans perte et me pose la question suivante : Comment traduire un message sans perdre de l’information ?

1.1 La langue, le dialecte et le patois

La langue

Il existe deux définitions de ce qu’est la langue et que l’on retrouve dans le dictionnaire de français en ligne Larousse. La première définie la langue comme un phénomène linguistique constitué d’un “système de signes vocaux, éventuellement graphiques, propre à une communauté d’individus, qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux”[2]. La seconde définition caractérise la langue comme organe anatomique constitué d’un “corps charnu, allongé, mobile, situé dans la cavité buccale et qui, chez l’homme, est un des organes principaux de la parole”[3]. Intéressons nous à la première définition, car nous approfondirons la seconde dans le chapitre 1.4, dédié à la parole.

Si l’on s’intéresse aux éléments qu’apporte l’encyclopédie Larousse, on découvre qu’il existe dans le monde “entre 4 500 et 6 000 langues que l’on classe habituellement en familles”[4] et que chacune de ces familles est subdivisée en groupe. À titre d’exemple, la famille linguistique indo-européenne, c’est-à-dire l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Australie, l’Asie moyenne et l’Inde, est parlée par environ la moitié de la population mondiale et se divise en 12 groupes : le germanique, l’italique, le celtique, le baltique, le slave, l’iranien, l’indo-aryen, le grec, l’albanais, l’arménien, le tokharien (éteint) et l’anatolien (éteint). Chacun de ces groupes accueille en son sein différentes langues. Le groupe germanique, par exemple, est composé de l’anglais, de l’allemand, du frison, du néerlandais, de l’afrikaans, du yiddish, du suédois, du danois, du norvégien, de l’islandais et du gotique.

On prend rapidement conscience de l’arborescence complexe devant laquelle nous nous tenons lorsque nous évoquons la langue et où chaque branche est une famille, où chaque rameau est un groupe et où chaque feuille est une langue avec, à chaque fois, des caractéristiques qui lui sont propres.

Pourtant, la métaphore s’arrête là. En effet, il manque à “l’arbre des langues” une chose essentielle, un tronc. Claude Hagège, linguiste français, explique dans une interview[5] que “jusqu’ici, nous n’avons jamais réussi à trouver la moindre langue mère […], nous remontons à de très grandes familles […] entre lesquelles jusqu’ici jamais personne n’a été en mesure d’établir un lien.”

La langue est également une composante de la culture dans le sens où elle est une bribe qui compose le patrimoine culturel. En effet, le patrimoine culturel correspond “aux biens matériels ou immatériels ayant une valeur artistique et/ou historique”[6]

Le dialecte

Il est une déclinaison, une variété, une “forme régionale, parlée et surtout écrite, d’une langue ancienne”[7]. Claude Hagège, dans une interview[8], explique qu’il n’y a “aucune différence structurelle entre une langue et un dialecte et que ces deux termes se caractérisent par des différences non linguistiques”. Ainsi, le dialecte devient une langue dans trois cas : lorsqu’il est utilisé comme instrument de gouvernement dans la région dans laquelle s’est installé un pouvoir politique, lorsqu’il est utilisé comme moyen de diffusion, de communication, notamment au travers de l’écriture et enfin, lorsqu’il y a une volonté et des moyens humains mis à contribution afin d’en dégager une norme.

On se rend compte qu’un dialecte n’est pas une version amoindrie d’une langue mais qu’une langue est l’évolution logique d’un dialecte.

Le patois

Il est également une langue, mais dans un contexte rural.

Ces langues sont “cantonnées à des espaces d’élevage, de culture, des espaces de confidence (personnes d’un même village) et extrêmement conservateur, car elles n’ont pas de raison d’évoluer du fait de leur présence dans des milieux ruraux”[9].

Les patois nous apparaissent souvent comme étant moins riches du fait du manque d’information que nous avons à leurs égards, mais ils sont tout aussi élaborés que les langues. En effet, un même patois peut être parlé avec des accents différents comme c’est le cas du picard[10]. Le patois est associé au langage de tradition et peut, de nos jours, être sous certains aspects, mal vu, mal compris. Quelques patois sont encore enseignés dans certaines universités, à des élèves soucieux de renouer avec l’époque de leurs parents et grands-parents. Jacques Landrecies, maître de conférences en cultures et langues régionales, explique lors d’une interview[11] que le patois “n’est pas du français déformé, qu’il s’agit d’un système autonome proche du français, qui a sa propre légitimité populaire et qui a une ancienneté constatée et attestée”.

L’aspect évoqué au point précédent définissant ce qu’est une langue prend ici tout son sens : lorsque l’on parle d’une langue on parle de culture, on parle d’individus.

1.2 Le langage

L’encyclopédie Larousse en ligne définit le langage comme étant “la capacité d’exprimer une pensée et de communiquer au moyen d’un système de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique et le plus souvent d’une syntaxe”[12].

Ainsi, il est courant de parler du “langage des fleurs” car on accorde une symbolique particulière à la fleur, à sa couleur, à son parfum. Par exemple, la rose rouge est le symbole de l’amour, la rose blanche évoque l’innocence tandis que la rose jaune plutôt fait référence à l’infidélité.

Le terme langage ne se limite pas à la communication d’un individu à un autre (ou à un groupe d’individus) mais évoque plus largement un système de communication, quel qu’il soit.

Le langage des signes, ou langue des signes, permet aux personnes atteintes de surdité de communiquer entre-elles et avec les entendants. Les mouvements des mains, mais également du visage et du corps dans son ensemble participent à la communication.

1.3 La phonétique et la phonologie

La phonétique

C’est l’étude des sons de la parole appelés phones[13].

Elle se distingue en trois branches :

  • la phonétique articulatoire, reposant sur l’étude des organes de la parole et de la production des sons,
  • la phonétique acoustique, s’intéressant à l’étude des propriétés physiques des sons,
  • la phonétique auditive, étude de l’appareil auditif et du décodage des sons.

Chacune de ces branches repose respectivement sur une étape de la communication, à savoir la production, la transmission et la perception. La phonétique est également la transcription des sons du langage au sein d’un alphabet, on parle alors d’un alphabet phonétique. Le plus utilisé étant l’alphabet phonétique international (A.P.I.)[14] qui suit le principe fondamental : un seul signe pour chaque son et un seul son pour chaque signe.

La phonologie

C’est l’étude des sons à valeur linguistique appelés phonèmes en relation avec un signifié[15].

Elle s’organise en deux sous-catégories :

  • la phonématique, qui est l’étude linguistique des unités distinctives de la langue (les phonèmes),
  • la prosodie, qui est l’étude de la valeur linguistique des sons, selon leur durée (en seconde), leur intensité (en décibel) et leur variation mélodique (en hertz), à partir desquels sont constitués les phénomènes d’accentuation et d’intonation.

1.4 La parole

Nous l’avons vu au chapitre 1.1, la langue est un organe jouant un rôle primordial dans la parole. Ce n’est néanmoins pas le seul. En effet, les organes de la parole sont nombreux et ont chacun une fonction durant l’acte de parole (appelé également phonation) que l’on peut décomposer en trois étapes distinctes[16].

La première étape consiste à emmagasiner de l’air en emplissant ses poumons. Puis, l’air traverse le larynx, organe vibrant où naît le son. Enfin, le son passe par le pavillon pharyngo-nasal, ensemble de cavités résonantes composées par le pharynx, la bouche et le nez. C’est cette dernière étape qui permet l’articulation par le biais de nombreux changements (mouvements des lèvres, de la langue, du palais, de la mâchoire inférieure, etc.).

L’ensemble de l’acte de parole réside en mouvement d’air de l’intérieur du corps vers l’extérieur du corps. La production de la parole est une fin en soi, de par sa complexité, mais n’est qu’une étape dans la communication.

Schéma de l’appareil phonatoire chez l’homme. On remarque le nombre conséquent d’organes jouant un rôle dans l’acte de parole.

1.5 La grammaire et la syntaxe

La grammaire

Elle est définie, d’une part, par les normes qui caractérisent les différentes manières de parler et d’écrire[17] et d’autre part, par l’étude des règles qui régissent une langue.

L’écrivain français Pierre-Jules Renard indique dans Journal[18] que “c’est assez singulier qu’aucun de nous ne sache sa grammaire et, pour être écrivain, ne veuille apprendre à écrire.” Ainsi, savoir sa grammaire c’est posséder les règles de l’art de parler et d’écrire correctement.

La syntaxe

La syntaxe est quant à elle l’étude de la façon dont les mots se combinent entre eux pour former des phrases ou des énoncés[19].

1.6 L’écriture et l’imprimerie

L’écriture

La transposition de la parole sur un support, l’écriture, est apparue vers 3400 av. J.-C. en Mésopotamie, sous la forme de suite de symboles : l‘écriture cunéiforme.

Elle consistait à graver, le plus souvent sur une tablette d’argile, des groupes de symboles qui faisaient sens. Ces signes représentent la plupart du temps des images réalistes, ou bien stylisées et simplifiées, voire symboliques.

Le signe peut représenter un mot, auquel cas on parle de logogramme, ou une idée, on parle alors d’idéogramme[20]. Ils sont aujourd’hui pour nous difficilement déchiffrables, car totalement sorti de leur contexte.

L’écriture cunéiforme est considérée comme la première écriture de l’histoire de l’humanité.[21]

L’imprimerie

L’invention de l’imprimerie a permis la diffusion à grande échelle de supports écrits et donc une large diffusion de la pensée, d’idées. Cependant, le procédé coûte cher et on imagine aisément que le choix de ce qui allait être imprimé se faisait sans peine. C’est ainsi que vers 1450, le premier ouvrage à être imprimé par Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dit Gutenberg, est la Bible latine.[22]

Dès lors, celui qui possède la technique est seul juge de ce qui est bon ou non de diffuser.

Gravure représentant une presse de Gutenberg. Les ouvrages étaient alors pressés les uns après les autres et la totalité des étapes (reliure, calage des ouvrages sous la presse, etc.) étaient faites manuellement.
L’atelier d’un imprimeur au XVIe siècle. Gravure de Giovanni Stradanore, 1570, BNF, Paris. 1-Manuscrits à reproduire. 2-Typographes composant les plaques d’impression à l’aide de caractères mobiles. 3-Ouvrier enduisant les plaques d’encre. 4-Ouvrier pressant la plaque sur une feuille à l’aide d’une presse à vis. 5-Feuilles imprimées mises à sécher avant d’être relues. 6-Apprenti rangeant les feuilles.

Conclusion

Nous l’avons vu dans ce chapitre, le langage est un système, quel qu’il soit, permettant la communication entre deux individus. L’acte de parole est le plus courant lorsqu’il s’agit pour un individu émetteur de transmettre un message à un individu destinataire, mais il existe de nombreuses autres manières de communiquer (langue des signes, communication non-verbale, etc.). La grammaire et la syntaxe forment, quant à elle, le cadre nécessaire à l’élaboration et à l’utilisation d’une langue.

L’importance du langage pour l’homme et sa complexité en font un élément qu’il est difficile d’appréhender. Est-ce pertinent de parler du langage — au sens général — alors que les hommes sont si différents les uns des autres.

Comment aquiert-on langage ? Y a-t-il des éléments qui nous sont innés ? Quelles sont les fonctions du langage ? L’environnement culturel et social dans lequel nous évoluons a-t-il une importance dans l’acquisition et l’utilisation d’une langue ?

Rendez-vous lundi 15 avril 2019 pour le chapitre 2 : l’acquisition d’un langage.


Sources

[1] INCONNU, L’hypothèse d’une langue mère [07/2014], Interview de Claude Hagège in : YOUTUBE, youtube.com [3min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/ watch?v=0wcSlbNAXaM› [consulté le 27/08/2015].

[2] LAROUSSE, Langue [en ligne], 25/05/09, mise à jour le 22/09/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/langue/46180›, [consulté le 30/08/2015].

[3] LAROUSSE, Langue [en ligne], 25/05/09, mise à jour le 22/09/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/langue/46179›, [consulté le 30/08/2015].

[4] LAROUSSE, Langue [en ligne], 25/05/09, mise à jour le 22/09/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/langue/64611›, [consulté le 30/08/2015].

[5] INCONNU, L’hypothèse d’une langue mère [07/2014], Interview de Claude Hagège in : YOUTUBE, youtube.com [3min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/ watch?v=0wcSlbNAXaM› [consulté le 27/08/2015].

[6] UNESCO, Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ? [en ligne], 18/06/1997, mise à jour le 01/01/2016, disponible sur : ‹http://www.unesco.org/culture/ich/fr/quest-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003›, [consulté le 17/09/2015].

[7] CNRTL, Définition de Dialecte [en ligne], 20/10/2007, mise à jour le 17/06/2015, disponible sur : ‹http://www.cnrtl.fr/lexicographie/dialecte›, [consulté le 16/09/2015]. Note : Définition du terme dialecte.

[8] INCONNU, Différence entre langue, patois et dialecte [07/2014], Interview de Claude Hagège in : YOUTUBE, youtube.com [4min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/ watch?v=ZG5mf_t_9cI› [consulté le 27/08/2015].

[9] INCONNU, Différence entre langue, patois et dialecte [07/2014], Interview de Claude Hagège in : YOUTUBE, youtube.com [4min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/ watch?v=ZG5mf_t_9cI› [consulté le 27/08/2015].

[10] INA, Le patois [03/1998], Reportage FR2 in : YOUTUBE, youtube.com [3min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/watch?v=oe0E4Vnx7WQ› [consulté le 27/08/2015].

[11] INA, Le patois [03/1998], Reportage FR2 in : YOUTUBE, youtube.com [3min.], disponible sur ‹https://www.youtube.com/watch?v=oe0E4Vnx7WQ› [consulté le 27/08/2015].

[12] LAROUSSE, Langage [en ligne], 25/05/09, mise à jour le 22/09/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/langage/46165›, [consulté le 30/08/2015].

[13] CNRTL, Phonétique [en ligne], 20/10/2007, mise à jour le 17/06/2015, disponible sur : ‹http://www.cnrtl.fr/lexicographie/phonétique›, [consulté le 16/09/2015].

[14] LAROUSSE, Alphabet [en ligne], 25/05/09, mise à jour le 22/09/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/alphabet/2509/ locution?q=phonétique#168128›, [consulté le 30/08/2015].

[15] CNRTL, Phonologie [en ligne], 20/10/2007, mise à jour le 17/06/2015, disponible sur : ‹http://www.cnrtl.fr/definition/phonologie›, [consulté le 16/09/2015].

[16] CLAUDE GABRIEL, Cours sur l’acoustique [en ligne], 21/12/2008, mise à jour le 14/11/2014, disponible sur : ‹http://www.claudegabriel.be/Cine%20acoustique%209. pdf›, [consulté le 16/09/2015].

[17] CNRTL, Grammaire [en ligne], 20/10/2007, mise à jour le 17/06/2015, disponible sur : ‹http://www.cnrtl.fr/definition/grammaire›, [consulté le 16/09/2015].

[18] RENARD P-J., Journal, Paris, 429p.

[19] CNRTL, Syntaxe [en ligne], 20/10/2007, mise à jour le 17/06/2015, disponible sur : ‹http://www.cnrtl.fr/definition/syntaxe›, [consulté le 16/09/2015].

[20] BNF, Écriture cunéiforme où la naissance de l’écrit [en ligne], disponible sur : ‹http://classes.bnf.fr/dossiecr/sp-cune1.htm›, [consulté le 30/08/2015].

[21] MAISON ARCHÉOLOGIE ETHNOLOGIE, L’écriture cunéiforme, première écriture dans l’histoire de l’humanité [en ligne], disponible sur : ‹http://mae.hypotheses. org/2388›, [consulté le 30/08/2015].

[22] LAROUSSE, Johannes Gensfleisch dit Gutenberg [en ligne], 27/07/13, mise à jour le 05/02/15, disponible sur : ‹http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Johannes_Gensfleisch_dit_Gutenberg/122808›, [consulté le 30/08/2015].

Illustration à la une Photo by Kelly Sikkema on Unsplash